Le puzzle en ligne chez Ravensburger et autres réflexions

Le puzzle en ligne chez Ravensburger et autres réflexions
Docteur Mops

C'est la trêve de Noël.
Voici venu le temps de l'année où les sorties de jeux de société se font moins nombreuses; la plupart des éditeurs ont planifié leurs sorties pour qu'elles soient disponibles pour les fêtes de fin d'année.

De fait, la semaine d'avant Noël est la plus calme de l'année et j'en profite pour aborder un thème que nous traitons peu ici habituellement : Les puzzles.

C'est Ravensburger qui m'en donne l'occasion en mettant à jour son site de puzzles en ligne qui, pour l'occasion, propose désormais un accès en français et anglais en plus de l'allemand natal.

Le puzzle est un jeu solitaire "moderne". "Moderne" dans le sens où il apparait pour la première fois vers 1760 ce qui relativise brutalement sa modernité.
L'invention du puzzle est attribuée à un cartographe et graveur londonien du nom de John Spilsbury.

Les premiers puzzle qui ne portent pas encore leurs noms sont des cartes dont les pays ont été découpé et qu'il faut reconstituer dans un but éducatif.

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Initialement collés sur des plaques de bois, c'est l'arrivée du contre-plaqué mais plus encore l'usage du carton qui va rendre les puzzles populaires.

Le mot puzzle que nous employons désormais est en fait l'abréviation de Jigsaw Puzzle. Jigsaw désignant la scie à chantourner qui découpait le bois; le mot puzzle désignant quant à lui l'aspect casse-tête.
Voilà pourquoi les anglophones désignent les casse-têtes et énigmes par puzzles tandis que les français n'y voit que des images en morceaux.

Plusieurs éditeurs proposent aujourd'hui des puzzles de complexités variées qui vont de quelques pièces pour les petits jusqu'à plusieurs dizaine de milliers pour les champions de la catégorie.

Parmi les leaders du genre, c'est Ravensburger qui se taille la part du lion avec un catalogue impressionnant.
Cela n'est pas non plus sans incidences sur l'imagerie.

L'imagerie est un des aspects phares du puzzle et bien que Ravensburger travaille à l'internationalisation des visuels, il reste une part culturelle allemande indéniable qui perdure. Voilà pourquoi vous trouverez toujours de splendides vues de montagnes avec chalets, des châteaux d'outre Rhin avec l'incontournable Neuschwanstein, le château le plus célèbre de Ludwig II de Bavière.

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Et de quoi nous parle cette imagerie du puzzle ?
De dépaysement et de cartes postales. On y retrouve tous les éléments souvent très kitsch avec les couleurs saturées qui font le plaisir des yeux des vacanciers et quête de témoignages de leur périple dépaysant.
Tellement dépaysant que le style, se répandant à la vitesse de la remise du courrier, présente désormais la plupart des sujets avec le même traitement.

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Parce que figurez-vous que l'amateur de puzzle n'est pas un esthète de l'image aussi paradoxal que cela puisse paraître. Si le traitement carte postale est de mise, l'iconographie est la même que celle des calendriers que l'on est en train de vous refourguer en ce moment contre quelques pièces pour les vœux divers.

Y aurait-il une iconographie populaire type avec ses deux tendances : la publique avec ses dauphins, chevaux et chatons et celle sous le manteau avec ses images coquines ?
Il semblerait bien.

Pour ce qui est des calendriers et des cartes postales, le sujet reste à traiter mais il est un point particulier aux puzzles. Le puzzle ne doit pas seulement représenter une "belle" image mais aussi une image qui va équilibrer les difficultés que le joueur va rencontrer dans l'exercice d'assemblage.

Tous les amateurs de puzzles comprendront de quoi je parle : On commence par les bords parce que les pièces sont reconnaissables et que cela permet de cerner la taille. On trie ensuite par couleurs les pièces en petits tas chromatiques.
Et puis il y a les éléments graphiques suffisamment petits pour être reconnaissables sur une ou deux pièces. Ces pièces pourront être facilement posables : la fenêtre du château sera reconnaissable.

Et puis le voyage vers les grandes étendues vierges commence. Bienvenu bleu du ciel ou feuillage dense, masse de poils, murs sans fin !
L'amateur de puzzles s'aide des lignes forte de l'image pour commencer la structure mais bientôt il se retrouve avec des tas de pièces quasi toutes identiques où désormais seule la forme de la pièce permet de compléter la construction. C'est la phase délicate et laborieuse.

Si vous observez bien autour de vous, vous remarquerez que même chez un amateur de puzzles peu d’œuvres terminées (sauf chez les très très mordus) décorent les murs de leur intérieur.
C'est que voyez-vous, question déco, le puzzle ce n'est pas le top. Son seul intérêt par rapport à un poster sans joints tout cracras est de montrer le labeur du joueur. Un motif de fierté certes, esthétique non.

Voilà pourquoi les amateur de puzzles ne regardent pas les images comme le communs des mortels. Tout comme des artistes, ils repèrent les lignes de forces, la structure et surtout les grands déserts d'à-plat qui augurent des heures et des heures de recherche entre des pièces qui sont presque jumelles.

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Mais pourquoi cette torture et ce passe-temps chronophage demanderont les rétifs ? Assembler des cartes a un but ouvertement éducatif mais reconstituer un chaton jouant avec une pelote de laine est... inutile ? Stupide ? Vain ? Moche (en plus) ?
Pour répondre à cette troublante question de savoir ce qui se passe dans la tête d'un joueur de puzzle (on ne dit d'ailleurs pas souvent un joueur), je vais faire appel à une sommité : Monsieur Georges Pérec.
Impossible de ne pas citer ce garant culturel quand on parle de puzzles, de mots-croisés et de jeux de l'esprit.
Grand amateur de puzzles, Pérec a même construit son roman fleuve, "La vie mode d'emploi", sur ce principe.

Le puzzle est une des manières dont fonctionne notre cerveau, usant de petits éléments préhensiles par l'esprit. Esprit qui a ses limites le pauvre! On peut voir les détails avant de percevoir la globalité mais pour s'en faire une image exacte il faut... classer.

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Tout le plaisir du puzzle est dans le tri. Un puzzle terminé n'a aucun attrait. Le puzzle est un jeu qui assume son côté maniaque. Comment, à partir d'une sorte de chaos, allez-vous reconstituer la vérité.

Incroyable ! Le puzzle est donc une allégorie d'une forme de pensée du chercheur. Les petits chats ne sont que le reflet visible de la profondeur de nos capacités cognitives.
"Penser, classer" c'est aussi le nom d'un des recueils de textes de Pérec.

Alors peut-être êtes vous prêts vous aussi à sonder les profondeurs de la pensée avec des morceaux d'images de chatons ? Vous pouvez donc tester la chose en ligne avec les web-puzzles. Plus besoin de ranger les pièces sous le lit et d'enfermer le chat dans le placard : Tout est virtuel.
Vous pourrez même souscrire un abonnement et débloquer des outils qui vous aideront à "penser-classer".

Dis donc...
J'y pense Pérec...
Et si en fait le puzzle c'était avant-tout "ne pas penser-classer" ?

Les web-puzzles de Ravensburger désormais en français
Votre web-puzzle à façon sur flash-gear
La même chose sur superpuzzle.fr
Toujours la même chose mais cette fois sur e-puzzles.fr

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Kommentare (9)

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Dosto
Dosto

Bon,voilà.105min et 10s pour faire un pot de fleurs...en mode expert (175 pièces)sur e-puzzles.

Merci Doc!

unkle
unkle

Je recommande aux fans de puzzle (dont je suis) "Eloge de la piece manquante", d'Antoine Bello, ou l'on retrouve les variations des methodes topologiques et chromatiques evoquees par le Docteur. Roman assez extraordinaire par ailleurs, decrivant un monde ou le puzzle de vitesse aurait plus ou moins remplace le foot.... Entre autres (c'est surtout du polar et une construction litteraire abstraite ou quasi).

Bref, foncez, et le puzzle c'est le bien (surtout kitch, indispensable).

Merci au Docteur pour ce moment magique.

gwailo
gwailo

Moi, j'en ai fait des beaux, des mordillo, ceux dans les boites en triangle, j'en ai accroché 3 chez moi et aussi la Daisy duck joconde !

Sylvano
Sylvano

@Jacob : exactement ce que je suis en train de faire. :o)

Perec, un des rares auteurs à lire, relire et méditer. Ce type était un génie. Normal, il était joueur.

zaria
zaria

Article très pertinent. Le dr mops serait il un fan de puzzle pour avoir si bien cerné cette histoire d'image et de difficulté? j'avoue j'adore les puzzles et je me retrouve tout à fait dans ce qui vient d'être dit!

Woodian
Woodian

Ma soeur était une mordue du puzzle pendant son adolescence.. Et aujourd'hui encore, l'une de ses oeuvres orne l'entrée chez mes parents.. Un 10 000 pièces si je ne me trompe pas représentant une carte du monde vue du 16eme siècle... Pareil dans le salon où un 12 000 pièces prend tout un pan de mur (vue de NY au soleil couchant).. Quand ils sont beaux et joliment encadrés, les puzzles peuvent fort bien décorés un intérieur sans que cela fasse kitch..

grosnoop
grosnoop

Aussi bien dans le fond que dans la forme, cet article est vraiment réussi ! Bravo Dr !

Jacob101O
Jacob101O

très belle news ên effet.

Et je ne sais pas pourquoi, elle me donne furieusement envie de relire "La vie mode d'emploi." ;)

Merci :)

epersonne
epersonne

Et ben, on voit que le doc est revenu en pleine forme... Super article comme on aimerait en voir plus souvent encore !