Ze craignos monsters...

J'ai une certaine de tendresse pour les films SF ou fantastiques des années 50-60, aussi bien pour les chef-d’œuvres reconnus que pour les nanars. Ces derniers étaient d'ailleurs assez nombreux, avec des effets qui n'avaient rien de spéciaux et des scénarii sans surprise ou complètement cafouilleux. Mais derrière ces films ratés, se cachaient souvent de vrais amoureux du cinéma qui travaillaient avec sincérité mais peu de moyens. Je vous recommande de lire une série d'ouvrages intitulés "Ze craignos monsters" (auquel j'emprunte mon titre) de monsieur Jean-Pierre Putters, une bible qui répertorie avec humour, mais respect, les films et tous les tacherons de ce cinéma qui était parfois méprisé à l'époque, mais qui a donné quelques films devenus cultes aujourd'hui pour les amateurs du genre.

Aussi, quand j'ai lu pour la première fois le thème de Moongha invaders, j'ai commencé par éclater de rire. Jugez plutôt : Vous êtes un savant devenu sadique et psychopathe parce que vous avez accumulé beaucoup de frustration à force de ne pas être reconnu par la société ; Cependant, vous avez reçu la visite très opportune d'une soucoupe volante (!) qui va vous donner l'occasion technologique de vous venger. Je continue où vous êtes déjà en PLS ? Parce que c'est pas fini, accrochez-vous...

A présent, vous n'avez plus qu'une idée en tête : détruire l'humanité (assez classique là, faut bien le dire...), mais par quel moyen ? C'est évident voyons : vous allez fabriquer des monstres Moongha qui vont s'infiltrer secrètement sur la Terre pour tout casser. On a droit alors à des monstres aussi improbables que loufoques : des Drakoors aux oreilles pointues, des Spectoors plein de tentacules, des Shagoos tout poilus, des sortes de sales gosses appelés Kidoos, des Moogres très costauds et des Mechoors très mécaniques, tous ayant certaines caractèristiques pour agir. L'embétant, c'est qu'il peuvent se faire répérer par de pénibles héros et se faire taper dessus par l'armée... pas moyen de détruire tranquillement des quartiers de Paris, New-York ou Tokyo sans se faire contrer par des soldats, des tanks, des avions et même des bombes atomiques.

Wahou ! Un scénario comme aurait pu l'écrire Ed Wood repris en jeu par le Maestro de Manchester ? Evidemment, je ne pouvais pas laisser passer un truc aussi bizarre. Et puis le sous-titre du jeu : "Mad scientists and atomic monsters attack the earth !"... je sais pas vous, mais moi j'entends une voix de stantor prononcer cette phrase avec beaucoup de sérieux, puis j'imagine l'affiche du film : une belle blonde à la jupe courte, visiblement effrayée, se pressant contre la poitrine virile du héros (qui lui n'a pas peur), tout deux regardant en direction du ciel une soucoupe (avec des petits hublot lumineux) qui approche, poursuivies par deux avions de l'US air force (oui, seuls les américains combattent les méchants extra-terrestres, c'est bien connu... bon, des fois ils combattent aussi les gentils hein... ). Plus loin, on aperçoit un Mechoor (accompagné d'un kidoo hargneux) lançant de son regard des rayons lumineux sur des tanks qui explosent et des soldats affolés, le tout près d'immeubles en ruine... manque plus en arrière plan qu'un scientifique tout décoiffé tenant une éprouvette en ébulition et évidemment, il rit d'un manière diabolique... bon, j'arrête là mon délire, mais vous voyez, c'est un thème qui inspire.

Techniquement, Moongha invaders est un jeu avec quelques objectifs secrets, un peu de gestion, de nombreux combats avec des jets de dés parfois par poignée (12 dés sont fournis et c'est justifié), plusieurs voies pour marquer des points de victoire, les armées des terriens peuvent être utilisées par tout le monde (on sent les fourberies possibles... sur les monstres des autres), tout comme les héros. Le jeu repose sur un pot commun d'actions, celles-ci étant limitées évidemment, si bien que si vous tardez à choisir une action que vous visiez particulièrement, pas sure qu'elle soit encore disponible quand votre tour reviendra. Il faut donc bien évaluer vos besoins et faire un choix judicieux presque à chaque tour. Les combats sont simples mais rigolos et ce système de monstres visibles où invisibles est assez marrant. Il y a seulement 8 pages de règles, mais c'est du concentré, on peut donc louper des choses importantes si on y prend pas garde.

On sent bien que Martin Wallace s'est fait plaisir avec la fausse naïveté de Moongha invaders en rendant hommage à ce cinéma dont je vous parle plus haut. A noter qu'il a créé pour ce jeu une phase "Passer" pas facile à saisir au point qu'elle fut le sujet de quelques interprétations et questionnements. Sacré Martin ! Rendre le fait de "Passer" compliqué... il n'y a que lui pour faire ça. Une petite remarque : rien n'indique sur ma boite ou dans les règles (contrairement à la fiche du jeu sur TT) qu'il s'agit d'un Warfrog ; il est juste précisé "PL>Y n°1".

Une partie de Moongha invaders, c'est animé, "fun" et évidemment ça ne se prend pas au sérieux. Le matériel est composé essentiellement d'un plateau et de pions en bois divers, certains montrent des silhouettes de monstres, soldats, avions , etc...j'ai une version noire et blanc que je préfère à la version colorisée sortie plus tard. J'ai parler d'objectifs secrets... ce sont des jetons aussi, mais qui représentent des villes du plateau ; Vous en piochez deux que vous consultez sans les montrer à vos adversaires : à partir de maintenant vous devez faire en sorte qu'elles subissent le moins de dégâts possibles, c'est une des sources de points de victoire.

Moongha invaders n'est pas l'un des plus grands jeux de Martin Wallace, mais c'est surement l'un des plus marrants et comme parfois avec cet auteur, le jeu se positionne juste sur la frontière qui sépare le sérieux de l'eurogame de la douce folie des jeux américains. Quand je pose le plateau du jeu sur la table, c'est toujours avec un petit sourire parce que je pense tout de suite à une soucoupe volante soutenue par des fils qu'on aperçoit sur certains plans, à un monstre au costume qui plisse un peu et fait ressortir des coutures, à un extra-terrestre au yeux globuleux obtenus avec une balle de ping-pong coupée en deux et fendue au milieu (il faut bien que l'acteur puisse voir quelque chose). Tout l'esprit de Moongha invaders est là...

PS : Une pensée pour Lord Kalbut qui a crée la fiche de Moongha invaders et qui avait choisi pendant un moment un Mechoor en guise d'avatar... je me permets de lui dédier in memoriam cette modeste bafouille.

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Kommentare (1)

serraangel
serraangel
Superbe avis... nostalgie nostalgie, fan des Craignos monsters, qui me font toujours autant marrer avec leurs gants poilus et leurs masques pas toujours ajustés. L'héroïne étant souvent portée dans les bras de son héros tout puissant, ah ah 😀 je vais aller m'intéresser à ce jeu, du coup !
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